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par Izoux » 01 novembre 2008 04:32
Constance a parfaitement décrit ce qu'est le comportement d'un pervers narcissique. Et non, nous ne le sommes pas tous, nous n'en portons pas tous la graine. Nous avons nos défauts mais celui-ci relève de la pathologie, va bien au-delà d'un défaut, d'un mouvement d'agacement, d'une agressivité ponctuelle.
Je l'ai vécu durant deux ans. Je me suis écroulée en août 2006 avec des symptômes graves : je me sentais m'éloigner du monde, de la vie, cette impression d'être séparée des autres, des émotions, du désir, de l'amour par une vitre. Une fatigue incommensurable, le sentiment d'être en représentation pour donner le change alors que je n'étais qu'éclats morcelés à l'intérieur. Puis, je n'ai plus pu bêcher le jardin, partir faire des courses me demandait un effort effrayant, j'ai cessé de manger et cette envie irrépressible de dormir tout le temps ... Puis vouloir sauter, mourir. Et je savais que je ne devais pas le faire, parce que j'ai trois enfants que j'aime et qui m'aiment, une maman, un frère, deux soeurs. J'ai passé des nuits accrochée à ma couette pour ne pas le faire. Des crises d'angoisse telles de gigantesques vagues et je me disais : je vais hurler, me faire mal, n'importe quoi pour que cela cesse. C'est un médecin, un généraliste qui a sauvée ma vie.
Ce qu'initie un pervers narcissique envers la victime qu'il choisit est extrêmement fin, indécelable au début. C'est une manipulation qui vise à s'approprier l'autre en le dépossédant très subtilement de ce qui en fait son essence-même. Il le domine ne laissant aucune ouverture possible jusqu'à le soumettre, c'est-à dire qu'aussi rebelle puissiez-vous être, vous vous retrouvez annihilée, réduite au silence, totalement démunie. Je me souviens, j'étais sidérée (au sens étymologique du terme), j'avais perdu et je ne savais comment toute ma résistance, mes capacités de résistance, de réaction, de critique. Brisée. Et ce sentiment qu'on vous a marqué d'une empreinte. C'est l'emprise de l'autre. Et cette emprise, cette maltraitance passent par un harcèlement quotidien, pour tout et rien, la personnalité que vous affichez, votre travail, vos vêtements, votre vocabulaire, vos caractéristiques physiques et cela peut aller jusqu'à l'agression physique. Et puis le mensonge, travestir ce que vous faites, dites. C'est la pire des tortures et elle vous englue inexorablement.
Je me souviens avoir chercher le fil, me disant : il faut simplement que je communique, que je pose des questions, qu'on m'éclaire sur ce que je fais si mal pour qu'on me traite de cette façon si terrible. Que nous en discutions. Impossible. Hurlements, ma parole coupée dès que j'ouvrais la bouche, un martèlement tel et tant de choses fausses qu'il ne me restait que le silence et la perte de toute réflexion cohérente, intelligente. Devenir une chose qui ne sait plus interagir, se concentrer. Je revenais à la charge pourtant, je voulais comprendre, me battre, qu'enfin mes compétences sur lesquelles on crachait et dont on se gaussait en réunion devant tout le monde soient reconnues, appréciées. C'était pire ... plus j'insistais, plus c'était féroce et plus aussi je perdais de ma liberté. Elle est allée jusqu'à me bousculer violemment au point que j'ai failli tomber.
Au début, les collègues expriment combien ils sont choqués, scandalisés par ce que je subis et dont ils sont les témoins. Un a osé en parler. Il s'est fait remettre à sa place si sèchement, en lui disant notamment de se mêler de ses affaires qu'il n'a pas réitéré. Puis c'est le rejet et, pour finir, la reproduction de la la maltraitance perverse mise en place par la hiérarchie. C'est la curée. Et vous entrez en enfer.