da capo a écrit : 15 mars 2024 14:14
Mais pourquoi la dissocie-t-on de son contexte, c.a.d. l'attaque concomitante contre le nouvel État juif appuyé par cinq armées arabes avec l'intention avouée de le rayer de la surface du globe ?
Là encore il faut faire la part des choses entre les gesticulations arabes et l’efficacité réelle juive sur le terrain en 48.
Le grand émoi, et la peur d’Israël (le fameux « seul contre tous ») n’ont duré que quelques semaines après le début de l’offensive arabe : très très vite, les armées arabes -mal commandées, mal coordonnées et surtout : extrêmement divisées – ont été dépassées par l’armée israélienne nettement supérieure en motivation, en équipement et en qualité de commandement.
Les militaires israéliens ont en été les premiers étonnés eux-mêmes !
Les régimes arabes se suspectaient entre eux à partir de leurs propres visées sur la Palestine plutôt que consacrer tous leurs efforts sur le seul ennemi israélien.
Grosso modo, il y avait le camp des dynasties hachémites (Jordanie + Irak) face aux 3 autres.
Et pour bien comprendre cette débâcle des armées arabes en quelques mois, il faut aussi remonter aux années 30/40 et aux accords oraux secrets entre le roi Abadallah de Jordanie et une certaine Golda Meir. Je résume : « quand le foyer juif sera crée en Palestine, nous nous partagerons le gâteau, une moitié pour toi, l’autre pour moi et l’on se promet de ne pas s’attaquer. »
Bien sûr, les choses ne se sont pas passées ainsi après la guerre, la Shoah et la décision de l’ONU en 47.
Abdallah a alors dû s'allier avec ses partenaires arabes sous peine de passer pour un traître s'il ne l'avait pas fait mais on ne comprend pas la débâcle des armées arabes si on ne mesure pas les divisions et les arrière-pensées de leurs régimes distincts et qui remontent bien avant 48.
da capo a écrit : 15 mars 2024 14:14Revenir à l'histoire, c'est très bien mais évitons les interprétations du genre prêts-à-penser manichéens livrés au public par certains journalistes rentiers de l'indignation.
Mes sources sont plus sérieuses et s’appuient, entre autres, sur les expertises de nouveaux historiens israéliens préfacées par un certain Henry Laurens, et propres à démystifier certains récits de la propagande juive sur la guerre de 48.
da capo a écrit : 15 mars 2024 14:14Évitons aussi les approximations qui peuvent détourner le sens des évènements, je prends pour exemple ton évocation de l'épisode de Deir Yassin l'autre jour en page 16 :
(...)
L'écho considérable donné à ce massacre contribue à occulter d'autres tragédies et à conforter l'image de ce récit entaché de falsification, mais devenu au fil du temps le symbole du caractère prétendument impitoyable prêté aux combattants juifs, avec l'intention d'occulter le fait qu'avant le 15 mai 1948, les Juifs capturés par les Palestiniens sont systématiquement exécutés, dont les civils, femmes et enfants inclus.
1) Il est à peu prés établi par des historiens crédibles qu’il n’y a jamais eu de plan net et précis juif d’extermination et de déportation en masse des Arabes palestiniens en 48.
Oui mais...
2) C’est sur le terrain, au cas par cas, et en fonction d’ actes de résistance arabes (comme ceux que vous citez) que l’armée israélienne a pu en profiter pour « liquider » ou pousser à l’«exode » des Palestiniens : ce qui correspond à l’exploitation "d’opportunités" (un peu comme ce qui se passe à Gaza en ce moment).
3) Deir Yassin n’est qu’un épisode tragique de ce qui s’est passé en 48 (de portée un peu semblable à celle d’Oradour-sur-Glane dans la mémoire collective nationale).
En fait, des choses bien plus graves ont pu être commises par Israël en 48 : expulsion de Palestiniens de leurs maisons (dont certains ont toujours gardé les clés transmises de générations en générations), destruction de villages arabes, destructions de champs et de cultures arabes, effacement des noms arabes de lieux, de villages et de rues et remplacement par des noms hébreux : une sorte de "génocide culturel" en somme (je sais que l'expression fait débat voir en Edit) , "génocide culturel" consistant à un effacement de mémoire et d’identité pour des centaines de milliers d’Arabes vivant là depuis des siècles et non responsables de 2000 ans d’antisémitisme ni de la Shoah. Voilà ce qui me paraît bien plus tragique et bien plus essentiel que l'épisode Deir Yassin pour la mémoire arabe de Palestine dans son ensemble.
Et là, en 48, sur le terrain, le projet est devenu précis et il a été établi sur le terrain en fonction des rapports de force donnant un avantage énorme à Israël :
faire le nécessaire pour empêcher tout droit au retour pour les exilés. V
oilà qui était l’essentiel comme il l’est en ce moment même à Gaza : comme quoi l’Histoire se répète, parfois.
Et à partir de 48, le plan israélien réalisé sur le terrain a marché, et il fonctionne toujours puisqu’à ce jour aucun des exilés arabes de 48 n’a eu droit au retour tandis que les juifs du monde entier, eux, y ont eu toujours droit = « pousse-toi de là que je m’y mette ! »
Cette question du droit au retour des Palestiniens de 48 et de leurs descendants vivant dans des camps de réfugiés avait été mise sous le tapis au moment des Accords d’Oslo : j’ai toujours pensé que ce non dit, que cette question taboue mais pourtant essentielle aura été une des raisons profondes de l’échec d’Oslo.
Edit :
"Génocide culturel"
"Reconnu par Raphäel Lemkin en 1944, le génocide culturel est un concept qui s’appuie sur certaines interprétations du mot génocide. Un génocide culturel est la destruction intentionnelle d’une culture. Toutefois, cela n’implique pas nécessairement des tueries ou des violences à l’égard du groupe en question. Par exemple, un génocide culturel peut inclure l’éradication des pratiques culturelles, des artéfacts, de la langue et des traditions.
En raison de l’objection de plusieurs nations, l’expression génocide culturel n’a pas été utilisée dans la Convention de l’ONU sur le génocide de 1948, ni dans la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones de 1994. Au Canada, toutefois, les peuples autochtones et des chercheurs soutiennent que certains programmes ou politiques de colonisation, comme les pensionnats indiens, ont visé intentionnellement à détruire les peuples autochtones au Canada en tant que groupes distincts, et constituent par conséquent un génocide culturel."
https://www.thecanadianencyclopedia.ca/ ... -in-canada