Au Parlement européen, une rupture politique se mesure-t-elle seulement aux bancs occupés ? Pour les électeurs, la question est plus concrète : le RN et l’AfD ont-ils réellement cessé de travailler ensemble lorsque les textes arrivent au vote ?
Une rupture annoncée avant les européennes de 2024
En mai 2024, le Rassemblement national a officiellement pris ses distances avec l’Alternative für Deutschland. Le parti allemand était alors son allié au sein du groupe Identité et démocratie, au Parlement européen.
Le déclencheur est une déclaration de Maximilian Krah, tête de liste de l’AfD aux élections européennes. Dans un entretien publié le 18 mai 2024, il affirme qu’une personne ayant porté l’uniforme SS n’est pas « automatiquement un criminel ». La phrase provoque une crise immédiate.
Jordan Bardella évoque alors des « lignes rouges ». Le RN annonce qu’il ne siégera plus avec l’AfD durant la nouvelle législature. Le parti allemand écarte ensuite Krah de sa campagne électorale.
Cette décision répond à un objectif politique clair. Le RN cherche depuis plusieurs années à apparaître comme une force de gouvernement. Une proximité trop visible avec l’AfD, régulièrement accusée de banaliser des références liées au nazisme, risquait de fragiliser cette stratégie de respectabilité.
Deux groupes distincts, mais des proximités persistantes
Après les élections européennes de juin 2024, les élus du RN rejoignent les Patriotes pour l’Europe. L’AfD, elle, participe à la création d’un autre groupe, l’Europe des nations souveraines. La séparation est donc devenue institutionnelle.
Mais elle ne signifie pas que les deux formations s’opposent sur tous les textes. Au Parlement européen, les groupes politiques ne fonctionnent pas comme des partis nationaux disciplinés. Les députés peuvent voter ensemble sur une résolution, un amendement ou un rapport sans appartenir à la même organisation.
Les convergences apparaissent surtout sur les sujets liés à la souveraineté nationale, à la limitation des compétences européennes et à la politique migratoire. Elles concernent aussi certaines mesures environnementales, lorsque celles-ci sont présentées comme une contrainte pour l’industrie ou les ménages.
